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Après la diffusion de son clip de rap féministe par Democratie Participative, la gouine Héro Echo s’excuse auprès des mâles « racisés »

Captain Harlock
Démocratie Participative
22 Décembre 2020

 

Après la diffusion d’un clip de rap féministe sur Democratie Participative hier, la lesbienne « Héro Echo » a malheureusement mis la vidéo en mode « privé » sur YouTube, privant les Democrates d’un précieux matériau de réflexion sur la situation artistique française en 2020.

Dans ce clip, une douzaine de goudous enragées promettaient d’assassiner des hommes.

C R I N G E

Il y avait aussi une femme obèse dans le clip.

Vraiment obèse.

On a trouvé le remède contre l’amour

Il n’y en avait pas une seule de baisable dans le lot.

La gouine « Héro Echo » a tenu à expliquer ce retrait sur Facebook. En tant que média alternatif soucieux de donner la parole à tous, nous avons estimé qu’il est utile de citer ce texte très long parce qu’il est vraiment exceptionnel.

Disclaimer : la personne qui a écrit n’est pas toute seule dans sa tête.

C’est très confus, prenez bien le temps d’entrer dans une cervelle de Blanche ravagée par le féminisme juif, le post-bolchevisme, la peur de soi, le misérabilisme, la drogue, les médocs et les problèmes avec papa.

Aujourd’hui, suite à un raid nazi et masculiniste, j’ai dû retirer mon clip Amazones, peut-être momentanément, de Youtube.

Outre leurs insultes et leur dégueulis raciste, antisémite, islamophobe, homophobe, transphobe et misogyne, ces sacs à merde ont eu le bon goût de jouer de l’ironie en soulignant que dans le clip, nous étions une grande clique majoritairement composée de blanches scandant notamment la phrase « honneur à notre race ».

Cette phrase problématique, je m’attendais à ce qu’elle soit soulevée. J’attendais ce moment de pied ferme, peut-être pas dès le moment où je l’ai écrite, même si je sentais déjà confusément qu’elle était problématique, mais au moins depuis que des copain.es m’ont fait part de leur doute pendant le tournage du clip. Je pensais qu’elle serait soulevée par des personnes racisé.es. Pas par des fafs.

Et de ces derniers, je me carre violemment le coquillard. Si je retire ma vidéo aujourd’hui, ce n’est pas parce que j’ai peur d’eux, mais parce que des copain.es se sont engagé.es avec moi sur ce projet et se sont senti.es violemment pris.es à parti. Aux fafs je ne veux dire qu’une chose : les armes dans le clip, c’est pas pour faire joli. L’un d’eux m’a dit qu’après l’effondrement je retournerai faire la cuisine et lui tailler des pipes. Je lui ai dit que je préférerais me mettre une balle dans la tête, ou mieux dans la sienne. Je le pense vraiment.Voilà pour ce sujet, ya rien d’autre à en dire.

Je pense qu’il y a tout de même autre chose à dire.

Déclarer qu’on va assassiner quelqu’un d’une balle dans la tête sur Facebook appelle nécessairement des développements.

Maintenant tout ce qui m’importe c’est de m’assurer que mon morceau et le clip qui va avec n’ont pas été une pierre de plus dans l’édifice d’oppression que supportent, que subissent chaque jour les personnes racisé.es, et si c’est le cas, m’en excuser.

La première chose à dire, c’est qu’il y a une temporalité très lente dans la musique indépendante. Comme on doit tout faire nous-mêmes, et sans argent, il se passe parfois – souvent, plusieurs années entre l’écriture d’un morceau et sa sortie. Entre les deux, il y a tout un travail d’enregistrement, de mixage, de mastering, et si en plus on veut faire un clip sans moyens, c’est encore plus long. Et si en plus on veut faire un clip sans moyens et en pleine pandémie, c’est pire. Bref. Ce morceau, je l’ai écrit il y a 3 ans. Il y a 3 ans, dans mon milieu social, on ne parlait pas encore d’intersectionnalité. Je commençais juste à prendre conscience des privilèges dont je jouissais et de mes biais racistes de blanche. J’étais encore imbibée de mes années de biberonnage au féminisme universaliste. La phrase « honneur à notre race » est née dans ce contexte. J’ai bien entendu utilisé le mot race pour sa polysémie. Dans le dico, je crois que c’est la case 2. « Catégorie de personnes formant une communauté, ou apparentées par le comportement. ». J’étais très en colère contre mes amis hommes cis militants qui me serinaient que la lutte féministe n’était pas prioritaire. Que la domination masculine était moins grave que le fascisme et le racisme. Qu’on verrait après. J’ai pu voir les années qui ont suivi qu’ils ne s’arrêtaient jamais, et que toutes les questions autres que la lutte des classes devenaient subsidiaires, même celle du racisme finalement. Mais à l’époque, je n’avais pas conscience de tout ça. J’ai voulu faire de mes revendications féministes un appel unitaire qui passerait outre les frontières et les origines. J’étais encore quelque part entre le « je ne vois pas les couleurs » et la métaphore simpliste, voire négationniste du « continent noir ».

Puis ce morceau a fait sa vie, il a été enregistré, mixé et masterisé, je l’ai fait sur scène quelques fois, il contenait en lui une puissance un peu magique qui semblait faire beaucoup de bien à ceuces du public qui semblaient déterminé.es à abattre le patriarcat. Alors j’ai voulu le porter à l’écran. C’est pendant cette année de tournage du clip que j’ai fini de saisir ce que la phrase « honneur à notre race » pouvait avoir de vraiment raciste. Pas au premier degré bien sûr. Mais dans ce qu’elle représentait d’universalisme. A partir de là, et devant les copain.es qui tiraient la sonnette d’alarme, j’avais 2 choix : tout abandonner ou sortir quand même le clip. Je ne pouvais pas le réengistrer et recommencer tout le travail avec d’autres paroles. Déjà parce qu’il ne s’agit pas que de mon taf mais aussi de celui des personnes qui travaillent avec moi sur ce morceau/clip. Ensuite parce que je ne trouvais aucune manière de l’améliorer qui ne soit pas jargonneuse ou classiste. Enfin, parce qu’une partie de moi tenait à assumer le contexte duquel ce texte avait émergé. J’avais l’idée étrange de servir d’exemple à ne pas suivre. De créer le débat pour pouvoir expliquer ce que mon propre comportement avait eu de problématique. Même si je devais m’autoflageller ou passer devant un conseil révolutionnaire. Je ne défendrais pas le droit de dire « honneur à la race des femmes » par une femme blanche. Je trouve que c’est idiot et violent pour les personnes racisées. Mais je trouvais que sortir ce morceau représentatif de l’instant T de ma déconstruction personnelle – et la déconstruction est un processus sans fin – était plus instructif que de ne rien sortir du tout. Bien sûr je trouvais aussi que ce morceau contenait un vrai potentiel de puissance contre le patriarcat et que rien que pour ça il méritait de sortir.

La charge fasciste de ce matin n’a fait que le confirmer, à mes yeux.

C’est la question que je pose aujourd’hui. Est-ce qu’il vaut mieux sortir une production artistique (car soyons honnête il ne s’agit que d’un morceau de rap, pas d’un manifeste politique de 200 pages) au discours imparfait et parfois problématique, ou ne rien sortir du tout ? Est-ce qu’il faut rayer de nos playlists tous les morceaux de rap qui contiennent une expression, une imprécision, une allusion machiste, raciste, homophobe, putophobe, et j’en passe ? Est-ce qu’on ne se voile pas la face en pensant que nous pouvons produire un discours parfaitement purifié du contexte duquel il est émis ? J’ai envie de dire, qui cela étonne-t-il chez les personnes racisé.es qu’une personne blanche de classe moyenne puisse tenir des discours problématiques ? Je ne me dédouane pas de mes responsabilités, mais je refuse de faire semblant de n’avoir jamais été pétrie d’ignorance ou de préjugés racistes. Je pars de loin, et je suis loin d’être arrivée.

Elle est quand même arrivée à l’asile, c’est déjà beaucoup.

Alors ce clip est sorti, et je l’assume. Je ne suis pas à l’aise avec cette phrase, comme avec beaucoup de mes textes précédents. C’est très désagréable et inconfortable, pour faire dans la litote, surtout quand le son sort 3 ans plus tard, surtout quand il est soudainement très largement diffusé, surtout quand on se prend une shitstorm de fachos sur la gueule. Mais j’espère que dans 3 ans je ne serai pas à l’aise avec des trucs que j’écris aujourd’hui, ça prouvera que j’ai progressé. Et je m’excuse platement si ce morceau blesse des personnes racisé.es. Tout comme je m’excuse auprès de ceuces qui ont vu dans le clip une forme d’appropriation culturelle. Ce n’était absolument pas la démarche, mais j’imagine dans ces cas-là que ce qui compte c’est la réception et pas l’émission.

En attendant, aujourd’hui, j’ai pu mesurer personnellement l’ampleur de la violence que nous réservent les fascistes. A nous tous.tes, pour le coup, qui luttons contre le patriarcat. L’ampleur de leur nombre, de leur efficacité, et de leur solidarité. Et si nous ne sommes pas capables de faire face à une pauvre attaque sur internet sur un pauvre clip de rap avec un pauvre 6000 vues, comment ferons-nous face à ce qui nous attend probablement dans la vraie vie ? Est-ce que nous attendrons d’être purs idéologiquement pour faire front contre eux ? C’est la question que je me pose ce soir.

Grand moment d’auto-critique, comme nos lecteurs peuvent le constater. Ou plutôt, d’auto-destruction. Je lui remettrais volontiers un Laogaï d’Or.

Je n’ai rien contre le principe, voir des Blanches névrosées par le féminisme s’anéantir est une conclusion logique, au plan darwinien.

Ce qu’on peut en dire de ce très long texte, c’est que cette demi vieille est quand même très soucieuse du qu’en-dira-t-on dès lors qu’il s’agit des hommes basanés. Elle est toute de prévenance, s’excusant de cent façons devant la possible colère de ces macaques agressifs et ultra-patriarcaux. La rhétorique arrogante du « féminisme lesbien » s’arrête là où commence la bite des métèques.

En même temps, qui voudrait toucher ce machin, à part des nègres ?

Surtout qu’elle essaye de causer comme un mec avec sa tête de mort.

Foutez-moi ça en camp de travail

J’ai le prochain nom de son futur clip :

I M B A I S A B L E

Si vous voulez spammer sa chaîne de merde, c’est par ici :

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